Travaux rue Olympia en juin 2020. Photo : Philippe Rachiele

Les résidants inquiets pour leurs arbres, rue Olympia

Stéphane Desjardins, Journaldesvoisins.com, Ahuntsic-Cartierville, le 3 juillet 2020

Depuis la mi-mai, la rue Olympia est un immense chantier. Les résidants s’inquiètent pour la survie des arbres. Les autorités se font rassurantes. Mais les dommages sont inévitables.

Le ballet de la machinerie lourde y est incessant, pour remplacer les réseaux d’aqueduc et d’égout (y compris les raccords de chaque résidence), ainsi que la chaussée et les trottoirs.

Le chantier ne fait pas l’unanimité chez les résidants : Olympia est l’une des rares rues d’Ahuntsic-Cartierville où les arbres matures se touchent au milieu et forment une voûte naturelle en son milieu, une rue que d’aucuns considèrent patrimoniale précisément pour cet attrait.

Certains se plaignent d’avoir reçu un avis le jour même, ou le lendemain des travaux. D’autres disent n’avoir jamais reçu d’avis. Le chantier a d’ailleurs été brièvement suspendu il y a quelques semaines, justement pour cette question.

L’arrondissement aurait répondu aux citoyens mécontents que la Ville-centre, et non l’arrondissement, a dû autoriser rapidement le démarrage du chantier pour éviter que l’entrepreneur ne puisse bénéficier de tout le temps nécessaire pour effectuer les travaux selon les délais impartis au contrat.

Des résidants soulignent que pour des travaux semblables rue de la Roche, les résidants ont reçu des avis plusieurs mois à l’avance. Ceux de la rue Olympia rappellent également que sur Grande-Allée, où on a mené de récents travaux d’infrastructure, des dizaines d’arbres auraient été abattus. Et qu’à l’arrondissement de LaSalle, certains ont payé une « prime de protection » de leurs arbres, lors d’un tel chantier.

 

Opération délicate

Rue Olympia, plusieurs troncs ou racines sont à flanc de trottoirs. Les arbres ont souvent un système racinaire qui couvre tout l’espace entre la résidence, le trottoir et l’allée cochère. Il est difficile de mener des travaux dans ce contexte, et cela a singulièrement compliqué la tâche des autorités et de l’entrepreneur.

Daniel Gaudry, un des résidants fortement concernés par la protection de la canopée de la rue Olympia et du territoire, nous a confié plusieurs inquiétudes, que n’a pas tempérées une rencontre citoyenne avec les dirigeants de l’arrondissement, tenue le 12 juin.

Lors de cette rencontre, on a affirmé aux citoyens que s’ils avaient une plainte ou un commentaire au sujet des travaux, ils pouvaient toujours communiquer avec leur élu municipal ou par le 311. Or, ceux qui l’ont fait se plaignent des réponses tardives et évasives obtenues par ce service. Pendant ce temps, les travaux avancent…

Ailleurs, les citoyens se méfient que l’entrepreneur puisse prendre des raccourcis ou soit moins méticuleux avec les arbres et leurs racines, pour maintenir le rythme des travaux.

D’autant plus que, rapporte M. Gaudry, des citoyens ont rapporté, photos à l’appui, des pelles mécaniques creusant à un ou deux pieds de certains arbres (trois à quatre pieds auraient été préférables), ce qui a certainement affecté leur système racinaire.

M. Gaudry remarque qu’à certains endroits, on a préféré creuser avec de la machinerie lourde, au lieu d’utiliser une technique d’hydroexcavation (par jet d’eau sous haute pression), qui permet de procéder sans trop affecter les racines, surtout dans le cas des entrées et renvois d’eau privés. Certains résidents auraient ainsi vu des racines d’un diamètre d’au moins deux pouces être coupées par la machinerie. D’autres se plaignent d’émondage abusif, notamment pour certains conifères.

« Le but ultime du comité est d’essayer de sauver tous les arbres, parce que jusqu’à cette année, ils étaient bien entretenus et n’étaient donc pas à risque. Si l’un des arbres est en danger par les travaux d’excavation, nous voulons savoir si tous les moyens ont été pris pour le sauver (et non pas apprendre après coup que la Ville n’a pas pris tous les moyens parce qu’elle n’a pas autorisé une méthode qui coûte un peu plus cher) », nous a écrit M. Gaudry par courriel.

Le comité déplore le fait que l’arrondissement aurait commandé un rapport sur les arbres de la rue Olympia, et qu’il n’a jamais pu le consulter.

 

« Si un arbre est abattu suite aux travaux, il est vraiment important pour le comité d’en connaître la raison », poursuit M. Gaudry.

 

Le comité a d’ailleurs fait la recension de tous les arbres et compte surveiller leur état.

 

Il faut être méticuleux

Selon Gérard Beaudet, professeur titulaire à l’École d’urbanisme et d’architecture du paysage à l’Université de Montréal et ex-résidant d’Ahuntsic, quand on fait des travaux de cette ampleur, règle générale, on protège les arbres sur leur partie apparente (tronc et racines au sol).

« Quand des arbres ont un système racinaire important, si on excave beaucoup, il y aura certainement un impact sur leur santé, reprend-il. Certains peuvent même mourir. Une partie des racines se déploie aussi sous le béton et l’asphalte des trottoirs, de la rue et des entrées cochères. Ça complique les travaux. Quand on refait les infrastructures, l’impact est majeur pour les arbres. Il faut non seulement surveiller la santé des arbres après les travaux, mais aussi planter de jeunes arbres de remplacement dès le chantier terminé, pour maintenir et renouveler la canopée. »

 

Travaux essentiels

« Certaines personnes auraient voulu qu’on ne fasse pas ces travaux, mais ils sont essentiels, explique Émilie Thuillier, mairesse de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville. À Montréal, on a du retard pour l’entretien de nos infrastructures. Plus on attend, plus ça coûte cher aux contribuables. Et dans la rue Olympia, les infrastructures étaient en très mauvais état. »

 

La mairesse reconnaît le caractère délicat de la situation :

« On veut faire les travaux avec le moins de dommages possible et les contrats ont été écrits en ce sens, reprend-elle. C’est une obligation pour l’entrepreneur. Mais, parfois, c’est compliqué. Certains arbres ont été plantés directement au-dessus de la conduite d’alimentation ou du drain d’une résidence. Ailleurs, les racines se déploient au-dessus des conduites maîtresses. Au lieu de remplacer ces tuyaux, on a choisi de la réhabiliter là où c’est faisable. On insère une toile qui épouse la forme de la conduite et qui, cuite à la vapeur, la réhabilite. Ailleurs, on creuse par hydroexcavation, ce qui permet d’évacuer la terre sans enlever les racines. Ou on fait passer la nouvelle conduite un peu plus loin. Mais, à certains endroits, on n’a pas le choix que de couper des racines. »

Mme Thuillier affirme que les employés ont pris toutes les précautions pour que les arbres soient protégés le mieux possible.

« Je fréquente ce chantier constamment, j’y vais parfois tous les jours, dit-elle. Je sais que certains ne sont pas rassurés, mais on y met tous les efforts. Pour moi, l’entrepreneur gère bien son chantier. »

 

La meilleure technique

« La grosse machinerie compacte le sol et l’ajout de terre complique la vie aux racines, car l’apport d’eau et d’oxygène est ainsi diminué, explique Danielle Dagenais, professeure titulaire à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal. Dans ce contexte, on ne doit pas se contenter de protéger le tronc. Et si on tronçonne les racines, on en constatera l’effet que des années plus tard. »

Mme Dagenais estime que de tels travaux constituent un risque pour les arbres, mais qu’ils sont également nécessaires pour l’environnement et les citoyens.

« De nombreuses conduites montréalaises contiennent du plomb, qui contaminent l’environnement et affectent la santé des gens, dit-elle. Il faut les remplacer. »

Selon elle, c’est une bonne nouvelle que l’on utilise l’hydroexcavation sur Olympia :

« Autrefois, on creusait à la pelle, dit-elle. Puis, ce fut systématiquement avec de la machinerie. Ce sont des techniques plus dommageables que l’hydroexcavation. Mais peu importe la technique utilisée, de tels travaux feront inévitablement des dommages. »