Un pont centenaire d’envergure sur la rivière Boyer

Pierre Lefebvre, Au fil de La Boyer, Saint-Charles-de-Bellechasse,
mai 2016

La rivière Boyer traverse en diagonale tout le territoire de la municipalité de Saint-Charles-de-Bellechasse. Pendant longtemps, deux ponts ont facilité les communications nord-sud dans l’axe de la route Picard et celui de la route Chabot. Durant l’hiver, un pont de glace fournissait un accès direct au cœur du village, dans l’axe de la rue de l’Église, un raccourci apprécié par les résidents du rang Sud. Ces structures ont été remplacées, mais il reste toujours un pont centenaire méconnu à Saint-Charles.

En 1973, un nouveau pont d’une longueur totale de 39,7 m (130 pieds) fut construit dans l’axe de la route 279 qui est alors devenue l’accès principal du village. Ce pont à poutres en béton précontraint préfabriquées a entraîné la démolition du pont de métal de la route Chabot. Les résidents de Saint-Gervais jusqu’à Buckland s’évitaient ainsi un détour par la route de Beaumont et la traversée du village pour atteindre le sud de Bellechasse.

En 2008, ce fut au tour de la structure métal-bois du pont de la route Picard d’être remplacée par un pont fait de poutres d’acier et d’un tablier en bois. L’ouvrage précédent construit en 1912 montrait plusieurs signes de désuétude et était devenu peu sécuritaire.

Malgré ces changements appréciés par les automobilistes, un troisième pont, beaucoup plus long et plus vieux que les deux précédents, traverse encore la rivière Boyer à Saint-Charles, soit le viaduc du Canadien National situé derrière le 5641, rang Sud-Est.

Le tronçon de voie ferrée entre Charny et Montmagny, inauguré en 1855 par le Grand Trunk Railway, conserve en effet plusieurs secrets de sa construction, dont l’érection d’un pont imposant qui se fait discret dans le paysage de Saint-Charles-de-Bellechasse, de même que l’aménagement de nombreux viaducs en maçonnerie. Au milieu du 19e siècle, les structures de bois avaient la cote, mais leur durée était limitée, tout au plus 10 ou 15 ans. Dès 1855, un pont ferroviaire métallique est toutefois aménagé à Saint-Charles. Toutes les composantes du pont furent fabriquées en Angleterre, transportées par bateau à Lévis et acheminées sur le chantier par le chemin de fer en construction.

Les travées reposaient sur de hautes piles et de solides culées en maçonnerie. Avant que le Chemin de fer Intercolonial (ICR) achète la ligne entre Charny et Rivière-du-Loup en 1879, cette compagnie avait déjà généralisé l’érection de ponts d’acier pour ses propres fins, un geste audacieux pour l’époque. Après l’interconnexion avec les Maritimes, le trafic s’est fait plus intense et autant les voies que les gares connurent une mise à niveau avec l’Intercolonial.

La structure d’origine s’est alors avérée insuffisante pour supporter le poids croissant des convois qui circulaient au début du 20e siècle. En 1914, un nouveau pont d’une longueur de quelque 64 m (210 pieds) fut donc construit sur le même site, avec des poutres d’acier hautes de 2,43 m, manufacturées cette fois par la Dominion Bridge de Lachine. Les culées et deux immenses piliers en béton ont alors remplacé les structures d’origine en maçonnerie.

Ce pont ferroviaire plus que centenaire est encore emprunté par 6 à 8 longs convois qui font la navette chaque jour entre Montréal, le Bas-du-Fleuve et les Maritimes. Le dernier numéro de la revue «Au fil des ans», publiée par la Société historique de Bellechasse, relate ce pan de l’histoire des chemins de fer dans la MRC de Bellechasse. Des copies sont offertes au bureau municipal au coût de 10 $.

 

classé sous : Non classé