«Partir à l’aventure»

Sylvie Dupont, Contact, Témiscaming, le 27 mai 2015

Ce n’est pas le goût de l’aventure qui, de prime abord, a poussé Chloé Fortin à traverser l’Atlantique pour s’établir dans la région du Pays-de-Galles, mais plutôt l’amour avec un grand «A».

En septembre 2012, Chloé faisait la connaissance de Bryn Roberts, un joueur de hockey britannique qui évoluait pour l’équipe junior A Les Titans de Témiscaming et leur relation a officiellement débuté en janvier 2013. Une fois la saison terminée, Bryn devait toutefois repartir pour le Royaume-Uni mais le sérieux de leur relation les a amenés à traverser l’océan à quelques reprises. Au printemps 2013, la carrière de hockeyeur de Bryn prenait fin au Canada. En mai de la même année, Chloé décidait de faire le grand saut pour aller vivre avec son amoureux sur l’île britannique.

L’obtention d’un visa d’expérience, appelé en anglais Youth Mobility Tiers V, l’autorisait à travailler mais aussi à sortir du Royaume-Uni afin de voyager : « Ce visa est surtout pour les jeunes qui n’ont pas encore de responsabilités familiales ou financières dans leur pays de résidence. Pour avoir un visa de travail, j’aurais été obligée d’avoir une confirmation d’emploi avant mon départ et c’était beaucoup plus restrictif une fois rendue là-bas. Le visa Youth Mobility est fait exprès pour les jeunes qui veulent vivre de nouvelles expériences ».

Diplômée en techniques d’intervention en délinquance du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, Chloé a réussi à se trouver un emploi de «Support Worker» dans un «Group Homes», l’équivalent de nos foyers de groupes pour les jeunes en difficulté au Québec. L’expérience acquise comme intervenante à la Maison des jeunes de Témiscaming lui a certes été d’une grande utilité mais sa patience a tout de même été mise à rude épreuve : « Ça m’a pris cinq mois avant de trouver un emploi. Je commençais à être découragée mais je ne voulais pas revenir au Québec. Pour moi, ça aurait été comme un échec. Finalement, j’ai eu un emploi avec une agence dans la ville natale de Bryn, à Wrexham ».

Chloé était d’autant plus comblée étant donné la situation très difficile du marché de l’emploi pour les jeunes en Europe où le chômage sévit dans plusieurs pays : « J’étais vraiment contente d’avoir un emploi parce qu’il y a beaucoup plus de restrictions pour les immigrants de l’Amérique. Les travailleurs européens sont avantagés parce que, là-bas, il y a l’Union Européenne. Ils n’ont pas de besoin de visa pour aller travailler d’un pays à l’autre. Les agences de placement peuvent recruter dans toute l’Europe. J’ai vu qu’au Royaume-Uni, il y avait beaucoup de travailleurs polonais parce que je pense qu’ils acceptent des salaires plus bas que les Anglais ».

Une fois son contrat terminé à Wrexham, la même agence lui proposait un nouvel emploi dans son champ de compétence, mais cette fois à Telford. Cette ville étant trop éloignée du domicile des parents de Bryn où Chloé demeurait depuis son arrivée en sol britannique, le couple a pris la décision de voler de ses propres ailes en louant un appartement.

Pour elle, la principale difficulté aura justement été de parvenir à décrocher un emploi : «C’est ce que j’ai trouvé le plus difficile. Pour le reste, c’était très bien. Si je prends l’exemple du système de santé, tout est gratuit. Je n’ai eu aucune difficulté à me trouver un médecin. Celui de la famille de Bryn m’a acceptée comme patiente immédiatement. C’est très accessible et les médicaments aussi sont gratuits. Je ne sais pas s’ils le sont tous mais moi, je n’ai jamais eu à les payer».

Le fait qu’elle n’ait pas été en mesure de renouveler son permis de conduire ne l’a pas contrariée outre mesure : « Ça ne m’a pas trop dérangée parce que les transports en commun sont bien organisés et les distances sont courtes d’un endroit à l’autre. Avec la conduite à gauche et la signalisation qui est très différente, j’aurais peut-être été un danger sur la route ».

En contrepartie, elle a été tout à fait conquise par les paysages, les routes antiques, et l’histoire : « J’ai adoré les paysages surtout ceux du Pays-de-Galles. C’est plus montagneux comparativement à l’Angleterre où c’est plat. Les vieux chemins romains millénaires où on peut circuler juste une auto à la fois sont aussi très beaux. Et les monuments historiques, il y en a partout. Ce qui est plaisant, c’est que tout est proche. Tu peux décider de partir un après-midi pour aller visiter un château à quelques kilomètres de chez toi ».

Lors de son séjour, elle a eu l’occasion de visiter la ville de Londres et l’Écosse ainsi que d’autres pays dont les Iles Canaries, un archipel faisant partie de l’Espagne, et le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau en Pologne : «Auschwitz, c’est assez impressionnant surtout quand on arrive devant le chemin de fer qu’on peut voir dans tous les films sur l’Holocauste. Quand les prisonniers descendaient du train, les soldats allemands les séparaient en deux groupes : ceux qui allaient mourir et ceux qui allaient vivre. Mais ils étaient presque tous envoyés à la chambre à gaz. On m’avait dit que je sentirais l’odeur de la mort. Ça ne m’est pas arrivé au camp d’Auschwitz mais à celui de Birkenau, où les prisonniers étaient exterminés, j’ai trouvé qu’il y avait une odeur étrange, un mélange de moisi et de brûlé. Bryn ne sentait pas ça mais il a remarqué des marques de graffignures d’ongles laissés par les prisonniers sur les murs. Il me les montrait du doigt mais il a fallu qu’il me le dise parce que je ne les voyais pas. C’est parce que le gaz mortel était déposé dans une sorte de grosse cheminée au centre du bâtiment. On nous a expliqué que ceux qui étaient près des gaz mouraient presque tout de suite, mais pour les autres qui étaient plus loin, ça pouvait prendre une demi-heure avant qu’ils meurent. Ils essayaient de sortir de là pour survivre».

Concernant les stéréotypes attribués aux Britanniques, que l’on songe à leur prétendue réserve ou à la température très pluvieuse, selon Chloé, ils seraient plus ou moins exagérés : « Concernant leur caractère réservé, j’ai trouvé qu’ils étaient comme nous, certains le sont et d’autres pas. Pour ce qui est de la pluie, je ne sais pas si j’ai été chanceuse mais tout le temps où je suis restée là-bas, il y avait du soleil et de la pluie comme ici. La seule différence, c’est que la température est d’environ 10°C en hiver et qu’il n’y a pas de neige. Mais une chose est vraie, ils boivent du thé à la journée longue. Très sucré avec du lait ce qu’on voit rarement au Québec. Nous, on le prend surtout noir ou avec un peu de lait». Son accent canadien n’a pas été un problème pour les Britanniques, c’est plutôt l’inverse qui s’est produit : « Ils me comprenaient très bien mais, au début, c’est moi qui ne les comprenais pas. Surtout les habitants du Pays-de-Galles parce qu’ils ont un accent de gorge spécial ».

Chloé avoue avoir ressenti le mal du pays mais à des moments souvent inattendus : «Au bout d’environ deux mois, ma famille et mes amis ont commencé à me manquer surtout que je n’avais pas encore de travail. Ce qui était étrange, c’est que ça m’arrivait sans que j’y pense. Tout d’un coup, je commençais à être triste».

La jeune femme admet que cette expérience lui a permis d’acquérir beaucoup de maturité : « Je suis devenue plus responsable et indépendante. Je partais pour la première fois rester dans un autre pays. Je voyageais seule alors j’ai dû commencer par me débrouiller avec les escales dans les aéroports. Rendue là-bas, il fallait que je m’habitue à leur transport en commun. J’ai aussi appris à gérer un budget comme faire des chèques pour payer le loyer. C’était la première fois que j’avais un appartement, avant j’étais en résidence au Cégep mais c’était mes parents qui payaient tout ».

Chloé était de retour à Témiscaming le 27 décembre dernier et elle ne songe pas retourner vivre au Royaume-Uni. Le couple a plutôt décidé de s’établir au Canada. Elle a d’ailleurs entrepris une procédure de parrainage afin que son conjoint puisse immigrer au Canada le plus tôt possible : « C’est beaucoup plus difficile pour un Britannique d’entrer au Canada que pour un Canadien d’aller vivre au Royaume-Uni. Là-bas, il n’y a pas de quotas pour les Canadiens si la demande de visa respecte les critères. Au Canada, il y a un quota de 5 000 immigrants par année divisé sur deux périodes d’inscription de 2 500. Quand le quota est rempli, il faut attendre l’année suivante ».

Dans l’attente d’une réponse positive de la part du gouvernement canadien, les amoureux seront de nouveau réunis puisque Bryn viendra passer trois semaines de vacances à Témiscaming en juin prochain.

 

classé sous : Non classé