Il faut bien rêver…

Michel-Pierre Sarrazin, Ski-se-Dit, Val-David, décembre 2013

On peut bien rêver : on est en décembre. On peut rêver d’un village qui aurait de la mémoire. Qui déciderait que ceux qui ont bâti « l’avant aujourd’hui » méritent qu’on garde pour leurs bâtiments un sentiment d’appartenance. Qu'on y jette un regard nourri d'une certaine bienveillance, comme dirait Matthieu Ricard.

On peut rêver d’une municipalité qui prendrait en main l’avenir du plus important, du plus prestigieux, du plus marquant de ses lieux de gastronomie, un lieu où des dizaines d’entre nous ont travaillé, souvent toute leur vie; un lieu où soufflait, jadis, l’esprit d’entreprise, l’esprit de cette communauté qui, il y a 77 ans, a réuni les gens du village pour construire en bois rond ce lieu de résistance à la crise économique qui maintenait alors l’Amérique sous son joug, un peu comme aujourd’hui, finalement. Ce lieu qui s’est développé sous la férule de madame et monsieur Jean-Louis Dufresne au point d’être en mesure d’accueillir la reine Élizabeth, l’OTAN et des dizaines de personnalités du monde. Là où notre concitoyen Marcel Kretz a donné au mot « cuisine » une aura internationale. Au temps de la splendeur de l’hôtel La Sapinière.

On peut rêver, imaginer que cette splendeur va revenir, par l’effet d’entraînement de ce que nous sommes capables de produire aujourd’hui, avec la culture et le plein air comme leitmotiv. Que sous l’aile d’un conseil municipal éclairé et audacieux, avec l’aide du gouvernement du Québec, du Canada et de quelques personnes du milieu des affaires qui ont du flair, l’ancien hôtel La Sapinière deviendrait un véritable carrefour des arts et du grand air, où des dizaines de rendez-vous internationaux prestigieux seraient donnés, à la fois sur les plans gastronomique, artistique et sportif de plein air. Une sorte de carrefour de l’art de vivre, en somme, avec pour assise un accueil hôtelier de premier ordre, pouvant loger des dizaines de clients, allant du haut de gamme intra-murosaux gîtes aménagés pour amateurs de plein air. Avec à la clé des espaces pour de grands colloques, de grandes expositions et de grands événements sportifs parallèles.

On peut rêver que la vocation multifonctionnelle d’un tel lieu, absolument unique de par sa beauté, sa situation incomparable, adossé à un parc régional, au bord d’un lac de montagne, avec une ancienne pente de ski parfaite pour les enfants, des écuries et des hectares de forêt, on peut rêver qu’ici se créeraient des dizaines d’emplois et que Val-David, entraîné aujourd’hui comme il le fut hier par l’attrait d’un tel lieu, verrait ses commerces fleurir, ses citoyens sourire et ses enfants applaudir en sautant de joie.

On peut imaginer qu’au lieu de sombrer dans la morosité comme c’est actuellement la mode, nous nous rassemblions pour construire un véritable avenir, pour nos enfants et pour nous-mêmes, en réalisant que le risque d’entreprendre et la rigueur de produire en collégialité avec des ressources compétentes sont plus que jamais une garantie de succès.

On peut toujours rêver : il est encore temps. On peut rêver que La Sapinière n’est pas un vieil hôtel abandonné, mais un modèle exemplaire de ce que la capacité d’imaginer, de rêver, d’agir peut produire, quand nous voulons décider de notre avenir, plutôt que de le subir. Imaginons, rêvons : c’est l’heure. Demain, il sera trop tard. « L’imagination est plus importante que le savoir », disait Einstein.
 

classé sous : Non classé